Imaginez alors une ville où les habitants peuvent communiquer grâce à un réseau libre d'accès, sans obligation de contrôle et de gestion par un organe centralisateur, sans restriction géographique ni zone d'exclusion, sans frais d'usage (mis à part l'électricité), sans abonnement... Or le coût pour rejoindre un tel réseau est comparable à celui d'un GSM milieu de gamme.
Pour y arriver, des individus déploient spontanément chez eux un PC (souvent récupéré dans les poubelles de grosses corporates) équipé d'une carte WiFi a laquelle on raccorde éventuellement une antenne HomeMade (bricolée maison). Avec ce type d'équipement, certains Reseaux Citoyens ont réalisé des connexions entre des ordinateurs distants d'une vingtaine de km. Une ou plusieurs cartes Ethernet classiques peuvent alors assurer une interconnexion entre les parties filaires et sans fil. L'utilisation d'un système d'exploitation libre et gratuit (GnuLinux) permet d'atteindre ces objectifs de liberté de diverses manières.
Chacun de ces PC devient alors un "noeud" (node) du réseau en gestation. Tant que le réseau n'est pas connexe, il n'est pas... Pourtant il faut passer par là. Au début, les noeuds sont éloignés les uns des autres et ils ne se voient pas (c'est une contrainte technologique, les antennes doivent "se voir") et donc ne communiquent pas. Puis, au fur et à mesure que de nouveaux noeuds s'allument, les premières connexions intermittentes surviennent. Ensuite la première connexion "permanente" s'établit. Suivie d'une autre, dans un autre quartier de la ville. Puis d'une autre, et d'une autre encore et d'un "brin" à plusieurs... Des segments qui peu à peu fusionnent en une pelote autogérée.
Techniquement, le routage (acheminement des données jusqu'à destination le plus rapidement possible) des paquets d'information (au sens TCP/IP) se fait grâce à l'utilisation du protocole AODV ou OLSR . Ce sont des protocoles de routage conçus pour des réseaux sans fil MultiHop en mode AdHoc. MultiHop signifie que les paquets transitent par des routeurs intermédiaires avant d'atteindre leur destination. AdHoc indique que le réseau est exclusivement composé de routeurs égaux entre eux. Une particularité de tels réseaux est la possible réutilisation du même spectre simultanément en deux zones du réseau pour transmettre de l'information différente. Un tel réseau est souvent appelé un MeshNetwork.
Cameroun-SansFil est en train de prouver que ce rêve peut être une réalité.


L'enfance d'un tel réseau passe nécessairement par une phase où les participants sont principalement des techniciens (Early Adopters). La seconde vague inclura les copains des premiers ;-) , l'un ou l'autre 'utilisateur avancé', des curieux en quête de savoir, certains acteurs du renouvellement de la pensée sociale et économique,...
La seconde vague est en marche et le réseau s'étend lentement, mais sûrement.
La troisième vague inclura peut-être les pouvoirs publics et les décideurs quand ils auront pris conscience de l'intérêt économique et social de permettre un accès de masse aux technologies de l'information et de la communication.
Le plus difficile est de convaincre le public de penser et d'agir par lui-même. En effet, la particularité d'un tel réseau est qu'il n'y a, stricto sensu, pas d'opérateur, donc pas de centralisation (dans les couches réseau), donc pas de cellules, donc pas de point d'accès (AccessPoint).
Chaque élément technique ajouté au réseau accroît sa couverture, sa bande passante utile, son accessibilité, sa réalité, sa pérénnité,... pour cela chaque appareillage, et donc chaque participant, joue le même rôle. Comme il s'agit d'un réseau de citoyens, l'appareillage est un ordinateur quelconque (du pda au mainframe) équipé à la norme 802.11b (WiFi), chaque appareillage étant l'égal ("peer") des autres. La TopoLogie? ne peut donc qu'être "peer-to-peer" (liaison poste à poste par opposition au modèle client-serveur; dans ce type de réseau les ordinateurs sont connectés les uns aux autres sans passer par un serveur central), comme au début de l'internet.
Chaque participant devrait faire tourner le protocole OLSR sur sa machine ou sur son équipement WIFI et c'est en fait la seule chose à faire au niveau logiciel pour participer à Cameroun-SansFil. L'utilisation de GnuLinux facilite néanmoins grandement cette implémentation et le passage au monde du LogicielLibre est donc conseillé. De ce fait, chaque personne voulant apporter de nouvelles fonctionnalités au réseau (http, mail, jabber, irc, ftp,...) peut le faire très aisément et sans coût de connexion.
Les motivations sont diverses et les niveaux de participation sont variés car chaque individu décide de son implication en fonction de ses buts, de ses compétences, de son temps libre, de ses envies...
C'est donc la carte de la combinaison motivation/compétences/participation/responsabilité qui est jouée et nous voyons le réseau évoluer comme un cristal: d'abord lentement et hasardeusement autour de quelques germes, ensuite rapidement en déployant une structure composite qui se solidifie. De nouvelles compétences et motivations viennent compléter celles des techniciens. Ce sont des pédagogues, des graphistes, des documentalistes, des acheteurs... De nouvelles pistes de recherche sont envisagées telles que les sources alternatives d'électricité (autonomie), les possibilités de construire/d'assembler en petites séries (réduction des coûts), une meilleure communication vers l'extérieur (accès plus clair à l'information, contenus moins techniques),...
Les résultats obtenus en peu de temps grâce à la démarche participative de certains réseaux citoyens parlent d'eux-mêmes:
Comme cité plus haut, des participants auw certains réseaux citoyens ont déjà réalisé une connexion de 18 km avec des antennes HomeMade (boîte de conserve, cornet tetrapack, guide d'ondes). Les taux de transferts obtenus ont été de 1,5 à 4 fois supérieurs à l'ADSL, le tout dans le respect des normes internationales. Le record du monde de distance est aujourd'hui détenu par des espagnols avec une connexion de 70,5 km obtenue sans amplification et avec des antennes commerciales.
Lorsque Cameroun-SansFil couvrira suffisamment toute la ville, nous n'utiliserons plus que les antennes incorporées dans le châssis des cartes WiFi. A ce moment, chaque hop (saut) sera court (de l'ordre de quelques dizaines/centaines de mètres). De cette façon, nous espérons pouvoir réutiliser le spectre simultanément en plusieurs endroits de la ville sans que différentes "cellules" n'interfèrent.
Avec cette technologie, Cameroun-SansFil peut connecter en un réseau local à large bande (4 Mbps soit 4 fois plus que l'adsl) les différents hopitaux d'un district hospitalier de brousse. Ceci permettrait, avec un peu de matériel, de transmettre les images d'un dossier ou d'un patient d'un point du district à celui où se trouve la personne qualifiée et peut-être ainsi économiser de longs, coûteux et difficiles déplacements, tant pour les patients que pour les praticiens.
Avec cette technologie, on peut relier entre eux les bâtiments d'un campus, ou d'une école, là où précédemment les coûts de câblage étaient prohibitifs. Il suffit en effet, d'un routeur WiFi de part et d'autre, d'un lien pour relier entre eux deux bâtiments. Ce sont souvent les tranchées ainsi évitées qui détermineront le choix de la technologie sans-fil.
Avec cette technologie, et le savoir-faire que Cameroun-SansFil tente modestement (mais plutôt efficacement) de développer et de partager, on peut réduire dès aujourd'hui cette fameuse fracture numérique à l'aide de coûts d'implantation et d'utilisation dérisoires et donner ainsi accès à des outils d'apprentissage et d'échange d'informations à de nombreux oubliés de ces fameuses NTIC.
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